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24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 20:37
J'ai profité des soirées foot des garçons pour me faire ma soirée sentimentale à moi : revisionner le DVD Jane Eyre de la BBC!

Celui là :

Sorti il n'y a pas si longtemps (février ou mars 2006 il me semble), je l'avais acheté sur cd-wow pour éviter de passer par amazon.co.uk, plus cher et surement avec des frais en plus pour payer en £.

Je ne connaissais pas Timothy Dalton, je n'avais même pas entendu parler des James Bond, c'est dire, je connaissais encore moins Zelah Clarke qui reste une inconnue pour moi. Mais j'avais entendu tellement en bien de cette version sur internet que je me suis décidée. Malheureusement je ne crois pas qu'il existe une version doublée en français, ni même avec des sous-titres en français. Mais bon, la fan que je suis connais déjà par coeur et l'histoire et de nombreuses répliques, donc c'est super bien passé (avec les sous-titres anglais, c'est parfait).


Déjà c'est une version qui dure plus de 5 heures, TRES bon point. Et oui, comment raconter tout le roman en un film de 2h, c'est irréalisable, le Zefirelli avec Charlotte Gainsbourg avait vraiment été trop raccourci à mon goût.

Bon, il faut avouer que les décors et les éclairages font assez anciens, mais c'est une version qui date quand même de 1983 (mon année de naissance!).

Timothy Dalton est super je trouve, il est tout à fait crédible en Rochester, du moins tel que je me l'imaginais, il est grand, fier, les cheveux noirs... Très beau... Il éclipse un peu notre héroïne... Mais Zelah Clarke ne s'en sort pas trop mal, dans un registre différent de celui de Charlotte Gainsbourg. Elle sait jouer une Jane assez "poor, obscure and plain", mais assez passionnée quand il faut. J'ai d'ailleurs adoré le lendemain matin de la demande en mariage, il y a une telle joie qui se dégage d'elle lorsqu'elle lui saute dans les bras! C'est sympa d'avoir mis une telle séquence, car on s'imagine toujours l'amour de Jane et Rochester  comme un peu coincé il faut dire, enfin je trouve... Cette version met en général plus l'accent sur leur complicité à tous les deux, le développement de leur passion (par exemple quand Jane rencontre Rochester au détours d'un couloir ou d'un escalier à Thornfield, ils ont des petits regards mignons), et ça manquait tellement dans d'autres adaptations plus rapides (on voit qu'on a 5 heures devant nous :-))

Par contre la séquence de la demande est moins réussie selon moi, Edward est presque méchant, il m'a fait peur!! Jane ne paraît pas si étonnée lorsqu'il lui demande de l'épouser, elle n'est pas bouleversée ni rien de tout ça...

Le départ de Jane et leur séparation, cette déchirure, est poignante. Depuis "I cannot be yours" jusque "Never was anything at once so frail and so indomitable" c'est tout simplement magnifique. Timothy Dalton reste viril quand il pleure! (bon oui, ce sont des commentaires de fille, hein)

Il y a des tas de petits détails inracontables, Rochester est bourru juste ce qu'il faut, comme dans le roman. Dans la scène du retour de Jane de Gateshead où elle croise son Edward sur le chemin j'adore Timothy Dalton disant "Well come on!" d'un ton autoritaire, presque en colère. Et juste ensuite, il ajoute en s'adoucissant "... if you please" à regret, en maugréant, comme si cela lui coûtait. C'est ce genre de détail qui rend cette version très vraie, authentique, pour moi.

Franchement, c'est un DVD qui vaut vraiment le coup pour les amateurs de Jane Eyre, je le recommande.

En conclusion c'est la meilleure adaptation que j'ai vue jusqu'à maintenant (j'avais vu celle de Zefirelli avec Charlotte Gainsbourg et William Hurt, 1996 et celle avec Joan Fontaine et Orson Welles, 1943). Mais il me reste encore à voir la version  de 1973 qui compte aussi de nombreux enthousiastes, je finirai bien par la commander un jour maintenant qu'elle a été ressortie en DVD, histoire de compléter ma petite collection de Brontë-phile. Voir ici pour une petite discussion comparant les mérites des deux adaptations 1983 et 1973.

Et comme j'ai bien aimé Timothy Dalton, j'ai aussi acheté la version des Hauts de Hurlevent de 1970 dans laquelle il incarne Heathcliff :


Il est beaucoup plus jeune dans ce film, et bien que j'aime moins Hurlevent qur Jane Eyre j'ai beaucoup apprécie aussi sa prestation en tant qu'autre héros Brontë-ien. En plus j'ai trouvé le DVD en magasin à 10 euros, par hasard, je n'ai pas eu à le commander sur internet. Il est doublé en français, allemand ou espagnol, ou en VO sous-titré anglais, français, italien, espagnol, néerlandais, suédois, finnois, norvégien et danois!
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23 juin 2006 5 23 /06 /juin /2006 21:25

The Infernal World of Branwell Brontë, publié en 1960 par Daphné Du Maurier, la même qui avait écrit Rebecca en 1938.
J'ai eu la chance de le lire il y a quelques années, en anglais dans une édition Penguin.

Je dis la chance car je viens de lire sur fnac.com :

"Depuis longtemps introuvable sur les rayonnages des librairies, l’ouvrage de Daphné Du Maurier offre une étude documentée sur Patrick Branwell Brontë qui se dévore comme le plus poignant des romans réalistes."

Je ne savais pas qu'il était introuvable, mais il a été réédité en mars 2006 en français :


C'est à mon avis un roman à connaître si on aime les Brontë. Car oui, les Brontë n'étaient pas trois soeurs mais il y avait bien un frère, un frère maudit, raté, oublié. Un frère si effacé qu'on ne peut que le deviner sur le portrait à la colonne.
Un frère qui me fait mal au coeur, un frère qu'elles ont tant aimé.

Beaucoup pensent que les figures masculines (Heathcliff, Rochester...) des soeurs étaient inspiré de l'âme tourmentée de leur frère, car sinon comment auraient-elle pu toucher du doigt tant de noirceur, elles qui vivaient recluses ? Ce qui est sûr, c'est que cette biographie est très instructive, et que jamais Anne, Emily, Charlotte n'auraient été celles que nous connaissons sans Branwell...
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21 juin 2006 3 21 /06 /juin /2006 22:59
J'ai ajouté un lien dans ma liste, et, Hourra, pour une fois c'est en français!!

Il s'agit d'un forum sur les soeurs Brontë s'inscrivant dans un regroupement de forums où échangent des adminateurs de Jane Austen.

Je ne suis pas encore inscrite mais je ne vais surement pas tarder. J'ai trouvé le lien sur le blog de Siansaksa, un anglophone très gentil qui m'a laissé un commentaire récemment, et qui parle très bien français. Mais la question est surtout, comment trouve-t-il ces liens ? J'ai l'impression d'avoir parcouru le web sur les Brontë en long et en large mais je ne suis jamais tombée sur ce forum...
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19 juin 2006 1 19 /06 /juin /2006 21:23
... Wide Sargasso Sea publié en 1966

La créole Antoinette Cosway raconte son enfance à la Jamaïque. Entre l'indifférence de sa mère et les révoltes des esclaves, son destin bascule : elle est envoyée dans un couvent qu'elle quittera à l'âge de dix-sept ans pour se voir épouser un Anglais, distant, égoïste et arrogant. Poussée par la haine qu'il lui porte, elle sombrera dans l'alcoolisme et la folie meurtrière.

Pour quelqu'un qui ne connaît pas Jane Eyre, les éléments se mettent doucement en place. Pour moi qui connaissait le lien, cette lecture était surtout l'occasion de voir une autre facette de Rochester, et peut-être d'éprouver un peu de sympathie pour Bertha.

Je n'ai pas tellement aimé, j'ai trouvé la lecture difficile, certaines phrases ne sont pas évidentes à comprendre, plusieurs fois j'ai dû relire des passages, notamment quand Rochester pense avoir été empoisonné. Ou alors c'est dû à la traduction?

Par contre après ça on s'interroge : Est-ce que Bertha est folle ou est-ce que Rochester la prend pour une folle et elle sombre dans la folie à cause de ça ? Rochester est loin d'être le Edward, mon héros, qui nous charme tant dans Jane Eyre.

Une citation :
"Elle m'avait laissé assoiffé, et toute ma vie ne serait que soif et désir ardent de ce que j'avais perdu avant de l'avoir trouvé."

L'horreur de son union physique avec Bertha, sans amour, pousse Rochester à chercher son exact opposé, la pure et douce Jane, amour mystique, sans sexe. Le roman de Jean Rhys, par contre, est brut. Un film érotique a d'alleurs été tiré de La Prisonnière des Sargasses.


(Voir aussi un post de Cycy sur le sujet)
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18 juin 2006 7 18 /06 /juin /2006 22:33
Comment parler de ce livre ?

Je reprends le résumé de fnac.com :

Détective à la brigade littéraire du service des opérations spéciales basé à Londres, Thursday Next s’occupe du grand banditisme reconverti dans le lucratif marché littéraire : revente d’éditions originales volées, contrefaçons, fraudeurs en tout genre… Un océan de routine pour celle dont le père voyage dans le temps et dont l’oncle est l’inventeur du papier carbone correcteur et des asticots synonymiques. Lorsque le froid, calculateur et extrêmement dénué de scrupules Achéron Hadès s’empare du manuscrit original de Jane Eyre et en séquestre l’héroïne, Thursday comprend qu’elle a enfin affaire à quelque chose de totalement inédit. Thriller littéraire ou conte fantastique ? Il faut abandonner tous ses repères de lecture pour entrer dans l’univers excentrique et très référencé de Jasper Fforde, où les personnages peuvent sauter spontanément des pages d’un roman. Une leçon de virtuosité !

Il est paru il y a quelques semaines en poche, aux éditions 10-18. A peu près 9 euros, ce qui fait cher pour un livre de poche! Malheureusement lire est devenu très cher... et là je vois de moins en moins l'intérêt d'attendre 2 ans la sortie en poche...

Hé bien j'ai assez aimé. Mais moi, j'attendais qu'il se passe ce qu'on nous a promis : l'enlèvement de Jane Eyre, sachez donc qu'il n'arrive qu'à la page 290 !!!! Sur un livre qui en compte 410, certes, mais c'est quand même gacher le plaisir à mon avis que d'avoir raconté ça sur le quatrième de couverture...

Mais sinon, ce livre dépoussière sacrément Jane Eyre, c'est un vrai coup de jeune à l'oeuvre de Charlotte Brontë!

Une petite citation :
"-Je veux Jane Eyre
- Mr Rochester aussi, répondit-elle (Grace Poole), placide. Mais il ne l'embrasse même pas avant la page cent quatre-vingt-un."

J'adore!

Je vois ça comme un mélange d'Alice au pays des merveilles, de Retour vers le futur, avec un pointe de Longest Journey (c'est un jeu vidéo d'aventure assez sympa dont l'héroïne, qui s'appelle April, on n'est pas loin de Thursday, navigue parmi des mondes parallèles).

Jane n'a pas tellement de place dans ce bouquin, malgré les apparences, c'est plutôt Rochester qui revient souvent. Si L'affaire jane Eyre n'avait pas été écrit par un homme j'aurais pu croire que l'auteur aussi était sous le charme d'Edward... Ah lala..

Franchement, c'est à lire, quant à moi, je pense acheter le prochain volume des aventures de Thursday Next : Délivrez-moi (sorti ce mois-ci en poche), mais là ça n'aura plus rien à voir avec Jane Eyre...

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29 mai 2006 1 29 /05 /mai /2006 21:57
La première édition de Jane Eyre que j'ai eue entre les mains a été un livre de poche datant de 1972. Aujourd'hui il a tellement été lu et relu que les pages s'en détachent et la tranche est décollée... La traduction est de Charlotte Maurat, et j'ai toujours eu une préférence pour cette traduction, que je trouve superbe. L'une des premières choses qui m'a frappée en lisant et relisant cette édition, c'est l'emploi de "ardent(e)" et de "ardemment'. J'en ai noté 62 occurences (j'ai encore les numéros de pages au crayon!). Je ne me suis pas rendue compte si c'était aussi frappant en anglais, mais il est certain que le feu, ainsi que son antinomie la glace, tiennent une place importante dans le récit et chez les personnages de Charlotte Brontë. Jane et Rochester sont tous les deux des passionnés (et c'est aussi pour celà que je pense que William Hurt n'a pas été très bon dans le rôle de Rochester, du moins tel que je me l'imagine, dans le film de Zefirelli il est lent et froid, fait plein de mimiques calculées et non spontanées...).

Jane est pleine de chaleur, elle est une enfant rebelle, elle est passionnée et ardente. Rochester a les yeux plein de flammes, d'ailleurs alors qu'il est aveugle elle dit de lui "son aspect faisait penser à une lampe éteinte, atendant d'être rallumée" ("his countenance reminded  one of a lamp quenched, waiting to be relit") (chap. 37). L'épisode du feu enflammant le lit de Rochester est l'un de ceux où l'amour est le plus vibrant. Enfin, Rochester devra passer l'épreuve du feu pour que les deux amants soient réunis.

St John quant à lui est entièrement décrit en termes de froid, de glace, de roc, de marbre. Il est "inexorable comme la mort" selon Diana et se décrit lui-même comme "un homme froid, dur" (chap. 32). "Je suis froid, aucune ardeur ne me touche" ajoute-t-il au chapitre 33. "il n'existe point de baiser de marbre, de baiser de glace, sinon je dirais que le baiser de mon cousin appartenait à l'une de ces catégories" nous dit Jane (chap. 34). Pourtant, on devine sous les traits austères de Rivers une flamme contenue qui nous est révélée au moment des rencontres avec Rosamond :
"ses joues s'empourpraient, ses traits de marbre, tout en refusant de se détendre, s'altéraient d'une façon indescriptible, leur impassibilité exprimant alors une ferveur contenue, plus intense que ne l'auraient pu faire des muscles libérés ou des yeux plein de feu" (chap. 33). La flamme, le feu sont toujours pour Charlotte Brontë une métaphore de l'amour.

Par opposition, le froid, la glace sont associés à Lowood, le froid physique étant une métaphore de la solitude de Jane. Ce thème du gel et de la glace revient aussi au moment du mariage interrompu : "les frimas de Noël avaient fait leur apparition en plein été : une tourmente de neige de décembre avait soufflé en juin; les pommes mûres étaient recouvertes de glace; la neige amoncelée avait écrasé les roses épanouies; un linceul de gel était étendu sur le foin des prairies et sur le blé des champs" (chap. 26) ("A Christmas frost had come at midsummer; a white December storm had whirled over June; ice glazed the ripe apples, drifts crushed the blowing roses; on hayfield and cornfield lay a frozen shroud")
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27 mai 2006 6 27 /05 /mai /2006 22:45
Le thème de la liberté est récurrent dans Jane Eyre. La liberté de pensée, d'esprit, l'indépendance qui va aussi de paire avec la liberté de la femme pour Charlotte Brontë. C'est ce qui fait qu'on dit souvent de Charlotte qu'elle était une féministe avant l'heure et c'est ce qui choqua dans ses romans.

Au chapitre 23, au moment de révéler son amour à Rochester, Jane déclare "Je ne suis pas un oiseau, je ne suis prise en aucun filet; je suis un être humain, libre, avec une volonté indépendante, qui se manifeste dans ma décision de vous quitter." ("I am no bird; and no net ensnares me; I am a free human being with an independent will; which I now exert to leave you"). Le thème de la cage est repris au chapitre 27 où l'oiseau représente l'âme insaisissable de Jane et "jamais aucune chose ne fut à la fois si frêle et si indomptable" ("never was anything at once so frail and so indomitable"). J'aime cette idée d'être frêle mais libre et insaisissable.

Jane voit le mariage comme un emprisonnement. Elle a perçu la cour de Rochester comme celle reçue par une esclave qui la couvrirai d'or. A l'allusion au sérail du Grand Turc, chapitre 24, Jane répond par la rebellion : "je me préparerai à partir comme missionnairepour prêcher la liberté à celles qui sont en esclavage (...) j'y fomenterai la révolte et vous (...) vous trouverez enchaîné, livré à nous; pour ma part, je ne consentirai à briser vos liens..." ('I'll be preparing myself to go out as a missionary to preach liberty to them that are enslaved (...) I'll stir up mutiny; and you, (...) shall in a trice find yourself fettered amongst our hands: nor will I, for one, consent to cut your bonds...")

Rochester n'est pas rassurant quant au mariage : "quand je me serai emparé de vous tout de bon, que je vous aurai en ma possession, je vous attacherai - au figuré bien entendu - à une chaîne comme celle-ci". Celà inquiète notre héroïne car pour elle le mariage doit rimer avec son indépendance.  Jane ne veut pas être enfermée au propre (on pense à Bertha bien sûr, mais aussi à l'épisode de la chambre rouge à Gateshead dans lequel l'enfermement s'oppose à la rebellion de la fillette) comme au figuré (enfermement par le mariage, et notamment la dépendance financière).

Le thème de l'attachement est lancinant lors de la proposition en mariage de St John au chapitre 34 dans des passages comme "le linceul de fer se resserrait autour de moi" ("My iron shroud contracted round me") ou encore "sans nul doute, ne lui étant attachée qu'à ce titre, j'aurais souvent à souffrir, mon corps serait soumis à un joug rigoureux, mais mon coeur, mon esprit demeureraient libres. Dans mes moments de solitude, je pourrais toujours me réfugier en moi-même pour (...) faire de mes pensées préservées de tout esclavage mes propres confidentes. (...) Mais être sa femme (...) toujours contrainte, toujours tenue en échec, forcée de maintenir très bas le feu de ma nature, de l'obliger à brûler intérieurement sans pousser jamais un cri, dût la flamme emprisonnée consumer mes forces vives l'une après l'autre, cela serait intolérable!". ("I should suffer often, no doubt, attached to him only in this capacity: my body would be under rather a stringent yoke, but my heart and mind would be free. I should still have my unblighted self to turn to: my natural unenslaved feelings with which to communicate in moments of loneliness. (...) But as his wife (...) always restrained, and always checked- forced to keep the fire of my nature continually low, to compel it to burn inwardly and never utter a cry, though the imprisoned flame consumed vital after vital- this would be unendurable.")

Par opposition, le dernier chapitre nous décrit un mariage heureux avec Rochester où "Etre ensemble, c'est, pour nous, être à la fois libres comme dans la solitude, joyeux comme en société." ("To be together is for us to be at once as free as in solitude, as gay as in company").
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25 mai 2006 4 25 /05 /mai /2006 21:44
Jane Eyre est un livre écrit à la main, aujourd'hui une nouvelle édition se baserait sur les manuscrits annotés à la main des différentes édition.

Dans la première édition s'étaient glissées quelques coquilles, que Charlotte Brontë ou son éditeur ont par la suite corrigées. La deuxième édition introduisait aussi quelques erreurs nouvelles et ces erreurs ont parfois été traduites en français, ce qui nous permet de savoir sur quelle édition sont basées nos traductions.

Une des erreurs dont je me souviens le mieux est au chapitre 37 : "He lifted his hand and opened his eyelids; gazed blank, and with a straining effort, on the sky, and toward the amphitheatre of trees". En fait, le mot "head" s'était transformé en "hand" ce qui donne "Il leva la main, ouvrit ses paupières et, avec un effort visible, dirigea son regard vide vers le ciel et l'amphitéâtre des arbres" au lieu de "Il leva la tête". Oui, en effet, ça parait plus plausible!

Au chapitre 6, alors qu'Helen Burns explique à Jane qu'elle a du mal à être attentive en cours, on a aussi "and having heard nothing of what was read for listening to the visionary brook, I have no answer ready". En fait "read" a été utilisé à la place de "real". ce qui nous donne en français "et n'ayant rien entendu de la lecture pour avoir écouté le ruisseau imaginaire, je ne sais que répondre." Sauf qu'en fait il ne s'agit pas de la lecture (what was read) mais de ce qui est réel (what was real), et on perd donc le thème de l'opposition entre réel et imaginaire. Bon c'est assez minime, c'est vrai...

J'ai lu que dans la troisième édition, Charlotte Brontë corrigeait encore quelques erreurs, comme au chapitre 10 lorsque des dahlias sont évoqués en plein mois de mai, ils ont été remplacé par des tulipes (comment ça les dahlias ne poussent pas en mai? je n'en sais rien!); ou encore au chapitre 27, il parait que le prénom du frère de Edward avait été corrigé de Russel en Rowland. Mais l'édition en français que je possède ne gardait pas trace de ces erreurs.
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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 18:55
Voici quelques citations parmi mes préférées dans Jane Eyre :

If others don't love me, I would rather die than live. (chap 8)
(je préfère mourir plutôt que vivre, si les autres ne m'aiment pas.)

I can live alone if self respect and circumstances require me so to do. I need not sell my soul to buy bliss. (chap 19)
(je puis vivre seule, si le respect de moi-même et les circonstances m'y obligent; je ne veux pas vendre mon âme pour acheter le bonheur.)

Presentiments are strange things! and so are sympathies; and so are signs; and the three combined make one mystery to which humanity has not yet found the key. (...) And signs, for aught we know, may be but the sympathies of Nature with man. (chap 21)
(Les pressentiments, les affinités, les signes, sont choses étranges qui, en se combinant, forment un mystère dont l'humanité n'a pas encore trouvé la clef. (...) Quant aux signes, ils ne sont sans doute que l'expression des affinités entre la nature et l'homme.)

I am no bird; and no net ensnares me; I am a free human being with an independent will. (chap 23)
(Je ne suis pas un oiseau, je ne suis prise en aucun filet; je suis un être humain, libre, avec une volonté indépendante.)

It was not without a certain wild pleasure I ran before the wind, delivering my trouble of mind to the measureless air-torrent thundering through space. (chap 25)
(Ce n'était pas sans un certain plaisir sauvage que je courais dans le vent : ce torrent d'air infini qui grondait comme un tonnerre à travers l'espace libérait mon esprit troublé.)



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7 mai 2006 7 07 /05 /mai /2006 13:46
Les rêves, les signes, les prémonitions, tous les éléments surnaturels tiennent une grande place dans l'intrigue de Jane Eyre. Charlotte Brontë a été marquée dans son enfance par les récits de la servante Tabby, récits traditionnels mêlant superstition, religion et surnaturel. Certains signes vont même si loin qu'il devient difficile pour nous, lecteur du 21ème siècle, d'y croire. Par exemple, la connexion spirituelle entre Jane et Rochester qui est telle qu'ils sont à même de communiquer par delà le ciel (chap 35). Ou encore, il nous est difficile de penser que Jane ait été amenée chez les Rivers par le destin, alors que ceux-ci sont ses propres cousins! Mais tout cela fait partie de l'imaginaire de Charlotte Brontë et constitue une part du romantisme du roman.

Jane Eyre est un personnage si sensible qu'on pourrait penser qu'elle est la seule à être sensible aux signes et prémonitions, mais il n'en est rien. Mr Rochester a lui aussi un don pour entrevoir l'avenir et la mention de ce don est faite à plusieurs reprises. "I knew (...) you would do me good in some way. I saw it in your eyes when I first beheld you" (Je savais (...) qu'un jour vous me feriez du bien, d'une façon ou d'une autre; je l'ai vu dans vos yeux, la première fois que je vous ai aperçue"), déclare-t-il notamment à Jane après l'incendie sans sa chambre (chap 15). Pour moi, ce don  est tout à fait incarné lorsqu'il va jouer la bohémienne et feindre lire dans les traits de sa bien aimée. Cependant, à l'époque des Brontë il était admis que le caractère d'une personne pouvait se lire dans ses traits, les formes de son visage, la taille de son front..., ces éléments ne sont donc pas surnaturels en tant que tels.

Le surnaturel est présent dans la vie de Jane depuis qu'elle est enfant, chez sa tante Reed, elle craint la chambre rouge et l'esprit de son oncle qui hante les lieux. Les visions de Jane sont aussi présentes dans ses rêves, elle nous explique ques les rêves d'enfants sont selon elle présage de malheur, le destin des Reed (suicide du cousin, agonie de la tante) va alors lui être révélé par Bessie après un de ces rêves. L'avant-veille de son mariage elle va rêver d'un enfant agrippé à elle alors qu'elle erre dans les ruines de Thornfield... Malheureusement, elle ne le sait pas encore, mais l'auteur trace la route vers les tourments futurs de son héroïne.
 
Les signes de la nature ne sont pas à oublier, en premier lieu les tempêtes, les déchainements des éléments sur la lande que connaissaient bien les Brontë. Comme le dit Charlotte Maurat dans sa préface de l'édition de Jane Eyre que je possède "A Gateshead-Hall, à Lowood, à Thornfiel Hall, à Moor-House, on entend, au dehors, tel un leitmotiv obsédant , la pluie battre contre les vitres, le vent hurler à travers bois, landes, collines." J'ajouterais même que ces déchaînements de la nature me font irrésistiblement penser aux tempêtes de Wuthering Heights d'Emily, les branches frappant les vitres ruisselantes tels les doigts de fantômes... Et quand le grand marronier du parc de Thornfield est fendu en deux par la foudre la nuit où les deux amants s'échangent leurs promesses, on ne peut que penser qu'au funeste présage que cela représente. Songeons aussi que la base du marronnier réunit encore les deux parties de l'arbre, tout comme Jane et Rochester seront réunis par delà les difficultés.

Pour finir, je voudrais citer un passage de Jane Eyre qui doit assez bien correspondre à ce que Charlotte elle-même pensait des signes et superstitions :  "Presentiments are strange things! and so are sympathies; and so are signs; and the three combined make one mystery to which humanity has not yet found the key. (...) And signs, for aught we know, may be but the sympathies of Nature with man." ("Les pressentiments, les affinités, les signes, sont choses étranges qui, en se combinant, forment un mystère dont l'humanité n'a pas encore trouvé la clef. (...) Quant aux signes, ils ne sont sans doute que l'expression des affinités entre la nature et l'homme.") (chap 21)
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  • : Jane Eyre, blog en français
  • : Jane Eyre est définitivement mon livre préféré. Les blogs en français sur le sujet sont trop rares alors j'ai créé celui-ci en 2006 pour partager mon intérêt.
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